✍️ Rédigé par : Département Culture et Arts Makkah Lovers
Au cœur des grandes civilisations anciennes, là où l’art équestre s’unissait à l’élégance et à la stratégie, naquit le Chowgân – l’un des jeux équestres les plus anciens de l’humanité. Né dans les plaines de la Perse au VIe siècle avant notre ère, ce jeu devint, au fil des siècles, un symbole de noblesse, de puissance et d’intelligence militaire, avant de se transformer dans le monde moderne en ce que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de polo.
🔹 De la Perse au reste du monde
Le Chowgân fut pratiqué pour la première fois à la cour des rois achéménides, et atteignit son apogée sous les Sassanides. À cette époque, les élites politiques et militaires utilisaient ce jeu à la fois comme entraînement et comme divertissement. Mais plus qu’un simple jeu, le Chowgân était un spectacle artistique raffiné, combinant équitation, combat symbolique, musique et récits oraux. Le célèbre poète Ferdowsi, dans son épopée Le Livre des Rois (Shahnameh), évoque le Chowgân comme un attribut des héros et des rois dignes.
🔹 Règles et équipements
Deux équipes de cavaliers s’affrontent en tentant de frapper une petite balle en bois à l’aide d’un bâton courbé appelé également chowgân. La coordination parfaite entre le cavalier et son cheval est essentielle, tout comme la précision des gestes.
Éléments traditionnels du jeu :
- Le chowgân : une longue canne en bois, à tête incurvée
- La balle : faite de bois ou de cuir
- Le cheval : dressé, agile, endurant
- Le terrain : vaste et plat, souvent situé dans les enceintes royales
🔹 Le Chowgân dans la littérature et les arts
Aucun autre jeu n’a autant inspiré la poésie et les arts visuels. Dans le Shahnameh, les héros pratiquent le Chowgân comme preuve de bravoure et de noblesse. Les peintres miniaturistes iraniens, notamment dans les écoles de Tabriz et d’Ispahan, ont immortalisé les scènes de jeu dans des œuvres d’une grande finesse.
🔹 Du Chowgân au Polo
Introduit dans le sous-continent indien à l’époque islamique, le jeu fut ensuite adopté par l’Empire britannique sous le nom de Polo. Si les équipements et les tenues ont changé, l’esprit perse du jeu est resté vivant, porté par le galop des chevaux et l’élégance du geste.
🔹 Reconnaissance par l’UNESCO
En 2017, l’UNESCO a inscrit le Chowgân au patrimoine culturel immatériel de l’Iran. Ce jeu y est reconnu comme un exemple rare de fusion entre sport, musique et narration traditionnelle, témoignant d’un art de vivre unique.
🔹 Le Chowgân aujourd’hui : bien plus qu’un jeu
Le Chowgân n’est pas simplement un sport. Il est un pont culturel entre le passé et le présent, entre l’homme et la nature, entre force et délicatesse. À une époque marquée par la vitesse, il nous rappelle que la noblesse peut naître de la simplicité, que le jeu peut être un art, et que l’histoire ne s’écrit pas seulement avec des mots, mais aussi avec les sabots des chevaux.
📚 Sources et références :
- UNESCO – Patrimoine Culturel Immatériel :
Chogān, jeu traditionnel équestre accompagné de musique et de narration - Shahnameh (Le Livre des Rois), de Ferdowsi
- R. Martins (2021), Equestrian Games in Ancient Persia: Symbolism, Practice, and Power
- Wikipédia – Article « Chovgan » :
https://en.wikipedia.org/wiki/Chovgan
📌 Le saviez-vous ?
Le mot « chowgân » désigne à la fois le jeu et le bâton utilisé pour frapper la balle, soulignant le lien profond entre l’outil et l’identité culturelle du jeu.